04 novembre 2006
M.M.
Administration générale de l’Assistance publique à Paris
SOUS-DIRECTION DE L’ASSISTANCE À L’ENFANCE
SERVICE DES ENFANTS SECOURUS ET RECUEILLIS TEMPORAIREMENT
Enquête demandée le 6 Fev 1953 - Très urgent
Mère : M.M.
Situation : sans travail
Ressources : Se dit sans ressource. Pas d’AS.
Qualité du logement : SDF. Change d’hôtel tous les jours. A été rencontrée lors d’une 2ème enquête le 11.2 chez Mme Chavanne lors d’une visite à cette dernière.
Moralité : Mauvaise
Intentions : Reprendra l’enfant qu’en (illisible)
On lit en annexe : ex (illisible) des PTT licenciée. Recueillie en Oct. par Mme Chavanne qui est une fille publique. L’intéressée vivait à l’adresse dans une petite chambre mansardée avec ses enfants. Elle a été incarcérée une 1ère fois pour vol et faisait la fille publique. Sortie de prison, est revenue au domicile et est de nouveau incarcérée avec sa recueillante pour vol, et est coupable pour les voisins d’être partie sans laisser d’adresse.
C’est un des documents du dossier que nous a envoyé la Direction de l’Action Sociale de l’Enfance et de la Santé. Difficile de s’y retrouver, ça ne dit rien, comme elle n’a jamais rien dit de la vérité de son existence. Elle a fait naître en prison, abandonné, repris, placé encore, réclamé, son seul bien, ses enfants. Plus tard il en a été de même avec ses bijoux.
Maudit instinct de possession...
02 novembre 2006
Poison
La Bucovine, ça n’existe plus. Sur l’arbre on note que ceux qui sont restés sont tous morts...
Des champs, des forêts, les Carpathes?
Il y a eu Vienne, Paris, la captivité, l’Allemagne...
Je ne sais rien de tout ça. Noir et blanc introuvable de la mémoire, silence définitif, ça s’est perdu, dispersé, empoisonné d'ignorance. De cette souffrance distillée, loin de la blessure, les fils deviennent fous. Ce n’est pas leur histoire, c’est leur douleur, anonyme, polymorphe, lâche, aveugle, parasite, assassine.
Libuntziu je suis ton petit-fils.
27 octobre 2006
Périphérie
Nuit. Enveloppé de la lumière orange des révèrbères majestueux et perdus le long des larges tronçons d'autoroute, je suis bien, sur la banquette arrière de la voiture. Un desert de clareté artificielle traversé après le noir des kilomètres. Une oasis de béton, de bitume, de métal, de gasoil. Un mirage, jamais on ne s'arrète. On passe. Et je construit un univers dans ce mouvement insaisissable, déjà perdu, derrière moi.
Les parallèles de jour, plus humaines, plus glauques, plus proches, ce sont les nationales. Un soleil penchant ou un gris lourd et bas, 60km/heure minimum de protection, et l'ailleurs se manifeste, où suis-je? En moi-même sur ces crépis pollués, ces voilages de nicotine et de goudron, ces trottoirs à grande vitesse, ces vagues terrains d'orties; dans les rades agonisants, devant les sorties d'écoles mortelles, derrière les murs de verre des marchands de meubles, j'y suis.
Tout est tranquille, sans vie.
26 octobre 2006
Paulo B.
Quand je suis arrivé, en fin de journée, Myriam m’a
emmené à une fête, tout près de chez elle, à Campo de Ourique. Clara,
Xana, Paulo R., et Paulo B. Enivré, défoncé, exalté tout un mois de
Juillet à Lisbonne. La Feira Popular, la prison
rose, le Jardim da Estrela... Paulo B. me dit qu’il aimerait baiser
avec moi. Il ne me le dit pas comme ça, sur la terrasse. Moi je
n’entends pas, on n’en parle plus. Je ne fais pas le lien avec le bien
être qui m’a envahi depuis que je l’ai rencontré.
Il devait m'écrire, venir à Paris... Je n'ai plus eu de ses nouvelles. Et j'ai attendu. Je n'ai rien compris. J'avais treize ans, lui dix-neuf.
Après ça, quand j’ai identifié ce sentiment, l’amour,
rien n’a été vécu avec bonheur. Ca a été la dernière fois avec Paulo
B., la liberté de ne pas douter.
Cet été, au Parque das Naçoes, je pensais à tout ça, mais le Jardim da Estrela je ne l’ai pas reconnu, comme si je n’y étais jamais allé.
19 octobre 2006
Berneval
Week end du 15 Août. 20km de Dieppe. Le corps qui se débat, les yeux au paroxysme de la tention, les nuits épuisées, glacées, en nage. Pas de réveil, pas de sommeil. Et puis un rêve... Signifiance évidente, je note. Et ça va mieux. Le retour à Paris est doux, libéré, serein, et les sensations reviennent, me caressent. C'est bien de se sentir connecté, un peu en dehors de soi. C'est mieux que bien, c'est l'essentiel.
A Dieppe on est allé à la fête foraine sous le crachin s'empifrer de barbapapa, à la patinoire glisser dans des patins qui faisaient mal, au dancing du casino s'emmerder. On a fait ce que tout le monde y fait, profiter du temps libre et gris des vacances, et c'est la moindre des choses.
Quel est le problème avec la mer? Cayeux, Monaco, Berneval... Les états les plus limites me submergent dans ces maisons aux bords des plages, face à ces horizons étales. J'ai toujours cru que la perte de vue m'apaisait... J'ai fantasmé des paysages, des photos, des images absolues. Un accès est bloqué, l'infini me terrasse et je ne sais pas où, à quel point exactement. Ca vient...




