04 avril 2007
Garde-fou
Le cri de la lumière du plafonnier me réveille et presque aussitôt le visage de plastique m’aveugle. C’est elle qui s’amuse à me faire peur au milieu des nuits que je passe chez elle, quand elle me garde. Son rire pointu et éraillé sonne sourdement sous le masque de Charlot. Saisi dans mon petit lit au ras du sol, je ne fuis pas, je perds l’équilibre. Où vais-je m’écraser?
“On va appeler la vieille”. Elle me tend l’écouteur du téléphone gris, tout neuf. J’y colle mon oreille, contraint. Je suis le prétexte de cette conversation qui a pour but d’inquiéter Lydia, mon adorée. Puis, feignant une mauvaise réception, elle lui raccroche au nez, sans lui dire au revoir, sans me laisser lui parler. Je ne comprends pas le jeu. Vertige de la peine et de la culpabilité. Comment réconforter Lydia? Je perds pied, une chute infinie.
C’est Pessah, je ne dois pas manger de pain. J’aime bien cette période. Pourquoi ai-je voulu être chez elle ce jour-là? Je suis venu avec des plats spéciaux, il y en a aussi pour elle. Elle se moque de ce qui a été préparé, tente de m’en dégoûter, puis de m’en détourner. Elle me tend du pain, allez, mange, qu’est-ce qu’il va t’arriver. Je vacille, hypnotisé par son agressivité réjouie. Elle veut me précipiter avec elle dans ses abîmes de négation.
A quoi me suis-je raccroché? Je ne suis pas tombé.
Commentaires
Intériorité
Bravo : très beau, très juste, très touchant !
Comme d'habitude, cette délicatsse dans l'expression, cette finesse dans l'expression des ressentis.
Merci...
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